Souveraineté des données
Qui peut être contraint de remettre vos données d’authentification
La plupart des solutions d’authentification multifacteur sont des services cloud exploités par des sociétés américaines, et le droit américain peut contraindre une société américaine à divulguer des données où qu’elle les stocke. Cette page explique ce que dit cette loi, ce qu’elle ne dit pas, ce que les services MFA courants détiennent sur vos utilisateurs, et précisément ce qu’expose chaque mode de déploiement de Notakey, y compris les aspects qui ne nous flattent pas.
Ce que dit le CLOUD Act
Le Clarifying Lawful Overseas Use of Data Act de 2018 a ajouté au droit américain une phrase qui compte ici : un fournisseur doit conserver ou divulguer les données qui se trouvent en sa « possession, custody, or control, regardless of whether such communication, record, or other information is located within or outside of the United States » (en sa possession, sous sa garde ou sous son contrôle, qu’elles se trouvent ou non sur le territoire des États-Unis). Ce sont le contrôle des données et la compétence des États-Unis sur la société qui déterminent la portée de la loi, non l’emplacement du serveur. Le ministère américain de la Justice indique qu’une filiale européenne d’une société américaine n’échappe pas automatiquement à ce champ.
Les autorités européennes de protection des données ont pris position en 2019 : à défaut d’un accord international rendant une telle injonction exécutoire, un prestataire soumis au droit de l’Union ne peut pas légalement fonder une divulgation sur elle. L’Union n’a aucun accord de ce type avec les États-Unis. Un fournisseur américain ayant des clients européens peut donc recevoir l’ordre de faire ce que le droit européen lui interdit. Interrogé sous serment par une commission d’enquête du Sénat français en juin 2025 sur sa capacité à garantir que des données du secteur public français ne seraient jamais transmises aux autorités américaines sans l’accord de la France, le directeur des affaires juridiques de Microsoft France a répondu : « Non, je ne peux pas le garantir. »
Ce qu’il ne fait pas
Le CLOUD Act ne crée aucun nouveau type de mandat et n’autorise aucune collecte massive. L’accès au contenu exige toujours un mandat délivré par un juge sur la base d’indices sérieux d’une infraction précise, et la loi est explicitement neutre en matière de chiffrement : elle n’ajoute aucun pouvoir d’imposer le déchiffrement. Lors de la même audition, Microsoft a indiqué qu’aucun client européen, qu’il s’agisse d’entreprises ou du secteur public, n’avait été concerné depuis le début de la publication de ses rapports de transparence.
Le risque réaliste est donc juridique plutôt qu’opérationnel. La crainte n’est pas que quelqu’un lise régulièrement vos journaux d’authentification. La question que pose un régulateur, un auditeur ou une analyse de risque NIS2 est plus étroite : qui peut être contraint, en vertu de quel droit, et votre fournisseur peut-il vous donner une garantie. Pour un service cloud américain, la réponse honnête à ce dernier point est non.
La plupart des MFA sont des services cloud américains
Il ne s’agit pas d’un reproche aux éditeurs ; c’est ce que dit leur propre documentation. Cisco Duo est un service cloud hébergé sur Amazon Web Services, avec des régions européennes disponibles, et son Authentication Proxy installé sur site relaie les requêtes vers ce cloud. Sa fiche de confidentialité recense les noms d’utilisateur, les numéros de téléphone, les identifiants d’appareil, les adresses IP des utilisateurs finaux et les journaux d’authentification parmi les données détenues par le service. Okta est exclusivement cloud ; sa cellule européenne stocke les données clients en Allemagne et en Irlande, tandis que sa liste de sous-traitants ultérieurs cite des prestataires américains pour l’envoi de SMS et d’e-mails. La documentation de Microsoft sur l’EU Data Boundary précise que les notifications push d’Authenticator et les connexions par téléphone peuvent être traitées hors de ce périmètre, et que les adresses IP associées à des fraudes sont publiées à l’échelle mondiale.
Un éditeur européen hébergé chez un hyperscaler américain présente une exposition comparable, une couche plus bas, parce que l’hyperscaler contrôle l’infrastructure. Cela nous concerne aussi lorsque vous choisissez notre cloud, et nous le disons ci-dessous.
Notakey sur site : rien que nous puissions être contraints de produire
L’appliance Notakey est une machine virtuelle que vous exécutez sur votre propre infrastructure. Le serveur d’authentification, sa connexion à votre Active Directory, LDAP ou RADIUS, les certificats des appareils enrôlés et chaque enregistrement d’approbation s’y trouvent. Notakey n’a aucun accès à l’appliance, sauf si vous l’accordez pour une demande de support : il n’y a donc rien à remettre qui soit en notre possession, sous notre garde ou sous notre contrôle. Une injonction visant ces données devrait vous être adressée, en vertu du droit qui s’applique à vous.
La clé privée de chaque utilisateur est générée dans le matériel sécurisé du téléphone et ne le quitte jamais : il n’en existe aucune copie ailleurs, y compris sur l’appliance. Le seul point de contact externe lors d’une approbation est la notification push. Elle contient le même texte lisible que la carte d’approbation dans l’application, par exemple le nom du service, le compte et l’adresse d’origine, selon un modèle que vos administrateurs contrôlent, et rien d’autre : aucune clé, aucun moyen d’approuver. Les services push d’Apple et de Google relaient ce texte. Toucher la notification ouvre l’application, qui récupère la demande via HTTPS auprès de votre appliance, vérifie qu’elle correspond à la notification et ne signe l’approbation qu’à ce moment-là.
Notakey cloud : la version honnête
Notakey Latvia, SIA est une société lettone de droit letton, sans maison mère américaine. Notre service cloud, notakey.cloud, s’exécute sur Oracle Cloud Infrastructure dans la région de Francfort. Oracle est une société américaine : vous devez donc considérer que la couche d’hébergement de notre cloud est à la portée des procédures judiciaires américaines, comme pour tout service européen sur AWS, Azure ou Google Cloud. Nous ne qualifions pas notre offre cloud de souveraine, parce qu’elle ne l’est pas.
Ce que contient une instance cloud : les noms d’utilisateur ou identifiants que vous choisissez, les clés publiques et certificats des appareils enrôlés, les jetons push et les enregistrements d’approbation signés. Jamais les clés privées, et des mots de passe uniquement si vous créez des utilisateurs locaux dans le tableau de bord au lieu de connecter votre propre annuaire. Si l’exposition de la couche d’hébergement vous importe, l’appliance sur site est le même produit avec la même application mobile, et elle coûte moins cher par utilisateur.
Trois questions à poser à tout fournisseur
Le mot « souverain » est accolé à beaucoup de produits. Les questions qui permettent d’y voir clair sont les mêmes pour nous et pour tous les autres.
- De quel droit relève la société qui détient les données, et a-t-elle une maison mère ailleurs ?
- Qui exploite les serveurs, et de quel droit relève cette société ?
- Qu’est-ce qui transite par Apple et Google lorsqu’un téléphone intervient, et cela inclut-il le contenu de la demande ?
Ce qui sort de votre réseau
Les trois colonnes décrivent l’appliance Notakey dans votre centre de données, une instance Notakey cloud et un service MFA cloud typique exploité depuis les États-Unis, tel que Duo, Okta ou Microsoft Entra, d’après les pages des éditeurs eux-mêmes.
| Notakey sur site | Notakey cloud | MFA cloud américain (typique) | |
|---|---|---|---|
| Emplacement du serveur d’authentification | Sur votre infrastructure | Oracle Cloud Infrastructure, Francfort | Dans le cloud de l’éditeur, région UE disponible |
| Société détenant les données | Vous | Notakey Latvia, SIA (Lettonie) | Société américaine ou sa filiale européenne |
| Société exploitant les serveurs | Vous | Oracle (États-Unis) | L’éditeur ou son hyperscaler (États-Unis) |
| Annuaire et mots de passe | Restent dans votre annuaire | Restent dans votre annuaire, sauf si vous créez des utilisateurs locaux dans le tableau de bord | Noms d’utilisateur synchronisés vers le cloud ; le traitement des mots de passe dépend du produit |
| Enregistrements d’approbation et journaux | Sur votre appliance | Sur votre instance cloud | Dans le cloud de l’éditeur, y compris les adresses IP des utilisateurs finaux |
| Clés privées des utilisateurs | Sur le téléphone uniquement | Sur le téléphone uniquement | Dépend de la méthode ; liées à l’appareil pour les passkeys et les clés de sécurité |
| Notification push | Texte lisible de la demande (service, compte, adresse d’origine, selon votre configuration) via Apple et Google ; les clés et l’approbation elle-même ne quittent jamais votre appliance ni le téléphone | Texte lisible de la demande, selon votre configuration, via Apple et Google ; les clés et l’approbation restent entre le téléphone et votre instance | Via Apple et Google ; Microsoft indique que les connexions Authenticator peuvent être traitées hors de l’EU Data Boundary |
| Une injonction américaine serait adressée à | Pas à Notakey, qui n’a aucun accès ; c’est vous qui détenez les données | Oracle pour la couche d’hébergement ; Notakey Latvia, SIA pour le reste, en vertu du droit letton et du droit de l’Union | L’éditeur, où que les données soient stockées |
Faits relatifs aux éditeurs tirés des pages des éditeurs listées ci-dessous. Ceci ne constitue pas un avis juridique : savoir si une société donnée relève de la compétence des États-Unis est une question à poser à votre conseil juridique.
Les questions qu’on nous pose
- Une région d’hébergement dans l’UE suffit-elle ?
- Non. Le CLOUD Act atteint les données sous le contrôle d’un fournisseur où qu’elles soient stockées : la région répond donc à une question de latence et de transfert au sens du RGPD, pas à une question de compétence. L’audition au Sénat français en est l’illustration la plus nette : le directeur technique de Microsoft a confirmé que les données des clients européens restent dans l’UE, et son directeur juridique a confirmé, dans la même séance, que cela ne constitue aucune garantie contre une injonction américaine.
- Une approbation Notakey transite-t-elle par des serveurs américains ?
- La notification push, oui. Elle contient le texte lisible de la demande, par défaut le nom du service, le compte et l’adresse d’origine, et ce texte transite par le service push d’Apple ou de Google avant d’atteindre le téléphone. Si l’un de ces éléments est sensible, vous pouvez modifier le modèle. Ce qui ne transite jamais par ces services : la clé de l’utilisateur, qui reste dans le matériel sécurisé du téléphone, et l’approbation, que l’application ne signe qu’après avoir récupéré la demande via HTTPS auprès de votre appliance ou de votre instance cloud et vérifié qu’elle correspond à la notification.
- Le cadre de protection des données UE–États-Unis (Data Privacy Framework) est-il toujours valable ?
- Oui, à la date indiquée au bas de cette page. Le Tribunal de l’Union européenne l’a confirmé le 3 septembre 2025, un pourvoi est pendant devant la Cour de justice, et en juillet 2026 le Comité européen de la protection des données a demandé à la Commission de le réévaluer à la suite d’un arrêt de la Cour suprême des États-Unis sur l’indépendance des agences américaines. Ce cadre régit les transferts au sens du RGPD ; il ne change rien à ce que le CLOUD Act peut imposer.
- Notakey détient-elle une certification ?
- Non. Nous publions notre accord de traitement des données, notre liste de sous-traitants ultérieurs et nos mesures techniques et organisationnelles, et nous répondons aux questionnaires de sécurité, mais nous ne détenons aucun certificat ISO 27001 ou SOC 2 et n’en revendiquons aucun.
- L’UE va-t-elle l’exiger ?
- Pas encore. La proposition de Cloud and AI Development Act présentée par la Commission en juin 2026 définit quatre niveaux d’assurance de souveraineté pour les marchés publics, depuis l’infrastructure située dans l’UE jusqu’aux fournisseurs détenus dans l’UE et à l’abri de toute ingérence de pays tiers, mais ce n’est qu’une proposition. Les initiatives nationales la devancent : en mai 2026, le gouvernement néerlandais a bloqué le rachat par un acquéreur américain du fournisseur cloud qui héberge son service national d’identification, et les Pays-Bas comme l’Allemagne ont commencé à attribuer des marchés cloud publics à des fournisseurs européens.
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Sources
- 18 U.S.C. § 2713 (CLOUD Act), texte
- Ministère américain de la Justice, livre blanc sur le CLOUD Act, avril 2019
- Réponse conjointe du Comité et du Contrôleur européens de la protection des données (EDPB–EDPS) sur le CLOUD Act, juillet 2019
- Sénat français, audition de Microsoft France, 10 juin 2025
- Tribunal de l’Union européenne, Latombe c. Commission, communiqué de presse, 3 septembre 2025
- Commission européenne, proposition de Cloud and AI Development Act
- Jones Day sur l’interdiction néerlandaise du rachat de Solvinity, juin 2026
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Faits juridiques et relatifs aux éditeurs vérifiés le 29 octobre 2026 au regard des sources ci-dessus ; ils peuvent changer sans préavis. Les faits de déploiement concernant Notakey proviennent de notre accord de traitement des données et de notre politique de confidentialité, et la région cloud de notre configuration d’hébergement.